REVUES DE PRESSE

 
19.03.2019
 
Une nouvelle génération de cinéastes pour préserver le GaboN

Le Festival du film de Masuku met l’environnement sous le feu des projecteurs. Créé en 2013, il mobilise les jeunes et veut inventorier les changements intervenus au Gabon. Un pays qui, malgré son immense forêt, voit ses richesses menacées… Réunis lors du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco), certains cinéastes africains portent la question au coeur du continent. On en a discuté avec sa Déléguée générale, Nadine Otsobogo.


« On nous dit souvent : ‘Ah, vous, au Gabon, vous êtes riches, vous avez la forêt, vous êtes bien.’ Mais la forêt ne sera pas toujours là. Je veux que les gens en prennent conscience et qu’ils filment cette réalité. Dans le film Tarzan, tourné au Gabon, on te montre la forêt primaire, magnifique. Mais ce sont des films réalisés par des Américains qui viennent et repartent. Ma volonté est double : encourager les Gabonais à réaliser leurs propres films et surtout les pousser à regarder autrement leur environnement. À Gamba, les éléphants viennent de plus en plus chercher leur nourriture dans la ville, les gens s’en plaignent. Je souhaite pousser les gens à réfléchir aux causes de tous ces changements et peut-être même à filmer leur quotidien pour en conscientiser d’autres. C’est comme planter une graine ou donner aux gens le goût de la mer pour que, à leur tour, ils grimpent dans le bateau. »

Jeune femme déterminée et polyvalente, la réalisatrice et productrice Nadine Otsobogo n’a pas hésité à se jeter à l’eau pour revenir créer en 2013 le Festival du film de Masuku, dans son pays d’enfance, le Gabon. Un festival qui interroge la place de l’homme dans son cadre de vie : biodiversité, ressources naturelles, protection de la nature, maîtrise de l’urbanisme… « Le but est d’aider la population à prendre conscience de la destruction insidieuse de son milieu. »

« J’ai choisi Masuku [ex-Franceville, NdlR] pour sortir de la capitale et montrer que les gens s’intéressent aux films ailleurs qu’à Libreville. À Masuku, il y a une très grande université [L’Université des Sciences et Techniques, NdlR] où l’on forme de nombreux biologistes et agronomes, mais ils communiquent peu sur leurs recherches. On y trouve aussi un des plus grands centres de recherche sur Ebola, juste derrière celui installé en Afrique du Sud. Tout cela fait sens par rapport à la thématique du festival. »

Un environnement riche mais fragile

Pays d’Afrique centrale recouvert aux trois quarts par la forêt équatoriale, le Gabon a une faune et une végétation extrêmement riches. Avec seulement 2,025 millions d’habitants sur 267 667 km², il ne peut rivaliser en taille avec ses proches voisins : Cameroun, Centrafrique, Angola ou RDC…  Mais ses importantes ressources forestières et son pétrole abondant lui ont permis d’être l’un des pays les plus prospères d’Afrique. Un développement en lien direct avec l’exploitation de son environnement (sa forêt et son sous-sol).

« Le premier salon du bois en Afrique s’est tenu au Gabon l’an dernier. Les discussions ont notamment porté sur la nécessité de développer cette filière nationale tout en respectant l’environnement. Il y a treize parcs protégés au Gabon, mais il faut aussi tenir compte des populations qui habitent ces forêts. Et même si un Fonds pour l’environnement a été mis en place par la Banque mondiale, il faut que les Gabonais aient accès à ce fonds pour développer eux-mêmes des projets de conscientisation. »

Un combat qui reste compliqué. « Dans notre quotidien, on est tous confronté à de multiples urgences familiales, professionnelles mais une fois que les spectateurs sont conscients du changement en cours, ça modifie leur comportement. Ceux qui suivent le festival ont pu voir la transformation de la ville. En six ans, un très grand et très bel espace vert a été en partie détruit. C’est le résultat de l’exploitation de sites par des firmes telles que Nouvelle Gabon Mining qui ont encore découvert du manganèse, là-bas », souligne Nadine Otsobogo.

On voit le pouvoir du cinéma dans cette prise de conscience

Le Festival du film de Masuku prend le problème à la racine. « Notre public est surtout composé de scolaires. Ils viennent suivre le festival via le contact que nous avons établi avec l’Académie qui dépend du ministère de l’Éducation. Ils ont pris conscience de l’enjeu et nous envoient les élèves. » Organisée durant cinq jours en décembre dernier, la 6e édition a permis de découvrir vingt films. « On a même eu des films du Bangladesh. Les élèves ont découvert que certaines réalités sont pareilles qu’en Afrique : la problématique des déchets, du bois, des éléphants… On voit les résonances entre les films et les pays. Et surtout le pouvoir de l’image dans cette prise de conscience. »

Mobiliser de jeunes réalisateurs

Cette année, le festival a organisé un grand débat sur le paludisme autour du film Malaria Businessen présence du réalisateur belge Bernard Crutzen. « Et lorsque le réalisateur ne peut pas se déplacer[car le budget du festival est serré, NdlR] : la salle pose ses questions via WhatsApp. » Une mobilisation visiblement bien intégrée par les jeunes spectateurs. Depuis 2017, le festival accueille le concours des Jeunes talents : des réalisations filmées au smartphone par des étudiants, sur un thème unique.

« J’ai eu cette idée pour accroître le nombre de films gabonais présentés lors du festival. En 2019, ce sera la troisième édition de la compétition. La thématique tournera autour du bois et les Jeunes talents filmeront la forêt avec leurs smartphones, seuls ou en groupe. Durée du film : 3 minutes au maximum. L’an dernier, on avait tardé à annoncer le concours sur le thème de l’eau, une école m’a appelée pour me dire que les élèves étaient hyper motivés. C’est génial ce qu’ils font ! C’est fatigant à mettre en place, mais quand tu vois comme ils sont volontaires, tu es récompensée. »

Etablir des partenariats avec d’autres festivals, d’autres réalisateurs

Quant à sa démarche, elle lui a déjà valu d’établir un partenariat avec le célèbre festival Vues d’Afrique au Canada.
Lors du dernier Fespaco, Nadine Otsobogo a retrouvé le réalisateur sénégalais Alain Gomis avec lequel elle a travaillé sur le film Félicité en tant que chef maquilleuse. Ensemble, ils ont développé l’idée de travailler sur la production de films sur la thématique environnementale lors du festival de Masuku en décembre 2019. « J’ai aussi demandé à la réalisatrice du film Silas, présenté ici à Ouagadougou, de pouvoir le projeter lors de mon prochain festival. » De rencontre en rencontre, la mobilisation des cinéastes s’organise.

Rien n’égale la force de l’image pour montrer une autre Afrique

Intéressée par la dermatologie à la base, Nadine Otsobogo a étudié le maquillage en France avec une spécialisation dans la mode et le cinéma. Consciente des carences du métier dès qu’il s’agissait d’aborder le maquillage des peaux noires, elle décide de mettre ses compétences au service de divers réalisateurs africains. C’est ainsi qu’elle a été contactée par Alain Gomis pour son film Félicité, tourné en République démocratique du Congo, et primé au Fiff (Namur) et au Fespaco (Ouagadougou) en 2017.

Le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco), visiblement, lui porte chance.

« À force de travailler sur différents films, j’ai eu envie d’écrire mes propres scénarios de fiction. Ce qui m’a menée à la réalisation en autodidacte. En faisant du maquillage, en étant sur le plateau, j’ai appris le cinéma. Tu peux poser tes questions au réalisateur, au chef opérateur. En lisant des scénarios, cela a nourri ma façon d’écrire. Tous les réalisateurs que j’ai rencontrés (Mahamat Saleh Haroun, Mama Keita, Alain Gomis,…) ont été mes mentors. » Un désir de cinéma nourri dès l’enfance au Gabon. « Avec ma mère, on regardait des films sur VHS tous les samedis soirs. »

Son premier court métrage Dialemi a reçu le poulain de bronze en 2013 au Fespaco. Nadine Otsobogo est aussi l’auteure d’une série, Chez Ombalo, qu’elle produit via sa maison Djobusy Productions.

« Jusque-là, je faisais des allers-retours entre la France et le Gabon, notamment pour l’organisation du Festival de Masuku. Après le film  Félicité, je suis rentrée au Gabon et j’ai travaillé comme directrice de production et des programmes dans une chaîne de télévision. »
Son objectif, aujourd’hui est de consolider suffisamment l’équipe du Festival du film de Masuku et de former suffisamment de maquilleuses lors de chacun de ses tournages en Afrique pour pouvoir ensuite, pleinement, s’engouffrer dans la réalisation.

Entretien: Karin Tshidimba, à Ouagadougou (Fespaco)

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